domingo, 15 de enero de 2017

Irrépochable




"Irréprochable", telle apparaît Marina Foïs dans cette délicate interprétation d'une femme en déficit affectif profond dont sa vie, vide de sens, la conduira à rechercher dans celle des autres un besoin maladif à compenser ses propres manques... Difficile de mettre un mot sur ce comportement étrange et pourtant plus répandu qu'on ne croit, car ni paranoïaque, ni schizophrène, Constance est plongée dans un délire psychologique à en devenir mythomane, où la manipulation d'autrui sera sa force, son but et sa raison d'être...


Et c'est sur ce point que ce film est prodigieux car Marina Foïs étonnante se glisse à la perfection dans la peau de son personnage, ce que renforce encore avec maestria Sebastien Marnier, fort bien inspiré par une mise en scène étouffante, angoissante, tout en laissant à l'histoire et au spectateur par ricoché, des moments de répit et d'insouciance, comme pour mieux y retourner tête baissée après ! Alors crescendo mais pas trop, on se dirige vers le gouffre sans savoir ce qu'il y aura vraiment au bout du chemin, tout en l'imaginant fort bien et surtout en identifiant de mieux en mieux les troubles de Constance que le scénario nous aide à percevoir et à comprendre habilement...


Une Constance que tout un chacun utilise aussi pour la rejeter quand elle devient trop envahissante, trop présente ! Parmi eux justement, son amant, son ancien collègue, interprétés par Benjamin Biolay et Jérémie Elkaïm sont intéressants dans leur genre et quelques renversements de situations par rapport à leur propre personnage, sont franchement significatifs de cette folie qui tisse sa toile indiciblement ! Un thriller plus psychologique que véritable thriller pur et dur, qui fait la part belle à ce personnage central, auquel on vouera toutes nos attentions, on focalisera toutes nos observations pour mieux le décrypter et mieux le comprendre !


Une première réalisation à découvrir, à la fois brillante, déstabilisante dans le bon sens du terme, qui interpelle et qui procure un plaisir cinématographique certain...
Les apparences sont trompeuses dans ce premier film dont le titre se révèle, on le découvre peu à peu, un contresens parfait. Constance, l'héroïne, est avant tout une femme... instable. La vie, il est vrai, la malmène : forcée de quitter Paris, où elle a perdu son travail, elle revient vivre en province, dans la maison de sa mère, hospita­lisée. Déjà sans un sou, elle doit abandonner tout espoir de retrouver son poste dans l'agence immobilière qu'elle avait quittée pour la capitale.


Une jeune fille vient d'être embauchée. Alors, Constance fait tout pour la rencontrer et devenir sa meilleure amie. Comprenez l'inverse...


Avec cette femme tout droit sortie du cinéma réaliste, qui évoque a priori le chômage et la crise, le jeune Sébastien Marnier file ailleurs : vers le thriller psychologique. D'une victime sociale, il fait un personnage qui pourrait devenir une menace. On sent le plaisir du cinéaste à jouer avec le spectateur, à prendre ses attentes à revers. Il y a un peu de Chabrol dans cette atmosphère qui s'appuie sur la quiétude provinciale pour mieux faire ­surgir l'inquiétude et des comportements étranges, extrêmes. Le plaisir, plus mineur, d'un simple film de genre l'emporte parfois.


Les acteurs y mettent de la conviction, Marina Foïs en tête : l'actrice apporte tout son capital de sympathie au personnage de Constance et sait pourtant comment devenir inexorablement glaçante.





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